De l’avidité à la sérénité

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L’un de nos plus anciens démons
Une caractéristique comportementale large-ment partagée au sein de l’espèce humaine est l’avidité. Héritage d’une part animale en nous, l’avidité squatte à longueur de temps notre quotidien et son environnement. Nombre de nos attitudes y trouvent leur origine, empoisonnant nos relations à nous-mêmes, aux autres, à la vie, et générant en nous une foule d’émotions perturbatrices telles que la colère, l’envie, la jalousie, la frustration, la déprime, l’anxiété… bien loin de la sérénité à laquelle tout un chacun aspire fortement. Une seule certitude : nous sommes tous confrontés au trait de l’avidité. Qu’elle soit d’ordre matériel, instinctif, relationnel, émotionnel, intellectuel et même spirituel, l’avidité agit à tous les niveaux de nos existences, souvent bien malgré nous.
L’économiste et chercheur tchèque, Tomas Sedlacek, émet comme hypothèse que l’avidité est intemporelle, l’insatisfaction quant à ce que nous avons ou ce que nous n’avons pas étant l’un des plus anciens démons de l’humanité. Celui qui veut accéder à plus de sérénité dans sa vie se doit donc d’aborder l’origine de ses souffrances sous l’angle de ce trait de caractère.

Omniprésente dans notre monde de consommation
L’avidité est partout dans notre société. Du nom latin « aviditas », l’avidité désigne un dé-sir excessif de posséder, de consommer, dans un mouvement qui ramène tout à soi. Observez un instant votre vie : qui ne s’est jamais jeté sur un buffet abondamment garni ou sur une offre commerciale alléchante ? Qui ne s’est jamais vu acheter un objet dont il n’avait aucun besoin ? Qui ne s’est jamais laissé influencer par une publicité savamment mise en scène ? Nous vivons dans une société dite de consommation… construite, si nous y regardons de plus près, sur cette caractéristique intrinsèque de l’être humain qu’est l’avidité.
Tous nos sens sont en permanence sollicités, stimulés, séduits, nous menant inéluctable-ment vers une consommation toujours plus importante, une course effrénée de la possession éminemment vaine car au fond jamais assouvie…

 

« Tant qu’il nous échappe un objet convoité,
semblant à tous préférable et quand nous l’obtenons,
vers un autre aussitôt va notre avidité. »
Lucrèce

 

Pourtant, nos besoins sont largement couverts
Dans nos sociétés dites civilisées et modernes, la publicité règne en maître sur notre avidité. Elle en est même née ! Depuis plus de 60 ans, elle nourrit, dirige et manipule avec brio nos instincts et nos désirs insatiables de possession et de consommation. Derrière les publicités qui envahissent les villes, médias, journaux, réseaux sociaux, internet, les entreprises produisent des biens… « de consommation ». Sous couvert d’améliorer notre vie et notre quotidien à tous points de vue, les industriels se sont mis, au début du 20e siècle, à produire de quoi améliorer notre confort. Si, entre 1900 et 1950, les besoins matériels étaient bien réels, ils sont de nos jours bien plus futiles dans nos pays occidentaux. Nous vivons, pour la grande majorité, dans le plus grand confort : nous avons un toit, nous mangeons à notre faim, nous bénéficions de l’eau courante et de l’électricité, nos mai-sons sont chauffées, nous portons de quoi nous protéger du froid. Nous pouvons affirmer là que nos besoins vitaux sont couverts, ce qui est loin d’être le cas pour une majeure partie des habitants de la planète ! Alors, pourquoi courons-nous toujours après ce toujours plus ?

Les sirènes de la surconsommation
Pour que l’économie de nos pays continue de se développer, que la croissance soit toujours ascendante, les industriels inventent constamment de nouveaux produits, objets, créant de nouveaux besoins, toujours plus nombreux. Pour nous convaincre que nous avons besoin de ces nouveautés et donc pour nous « obliger » à les acheter, ils font appel aux publicitaires. Forts d’une imagination sans borne, ceux-ci rivalisent de créativité dans leur façon de mettre en scène les produits qu’ils doivent vendre. Fins observateurs du genre humain, ils surfent sur nos comportements et nos mécanismes intérieurs pour colorer leurs slogans de messages subliminaux. Notre cerveau les comprend très bien, tellement bien que nous tombons massivement sous le charme des sirènes de la consommation. Vous vous demandez comment ça marche ? Eh bien, les publicitaires, engagés dans cette quête avide de séduire toujours plus, se sont associés à des chercheurs en sciences sociales : partout dans le monde, des scientifiques planchent depuis plusieurs décennies sur nos comportements et surtout sur les facteurs psychologiques, physiques, neuronaux, responsables de nos com-portements d’achats. Objectif ? Décrypter les mécanismes de l’influençabilité en nous (la plus grande tare chez l’être humain, disait G.I. Gurdjieff) et de l’avidité, comprendre ce qui nous pousse à l’achat et comment.

Le neuromarketing
Cette collaboration a débouché ces dernières années sur la neuroéconomie et le neuromarketing, deux nouvelles disciplines au croisement de l’économie et des neurosciences cognitives, qui étudient l’influence des fac-teurs cognitifs et émotionnels dans les prises de décision, qu’il s’agisse d’investissement, d’achat, de consommation. Le neuromarketing désigne deux concepts étroitement liés : l’étude, via les neurosciences, du fonctionne-ment du cerveau humain lorsque soumis à des stimuli publicitaires ; l’amélioration des techniques publicitaires qui en découlent.Le neuromarketing fait appel à plusieurs tech-niques d’imagerie médicale pour enregistrer la réponse cérébrale d’un consommateur dans certaines situations, telles que le visionnage d’une publicité, le test de produits concurrents, l’acte d’achat en situation réelle, la perception d’une marque ou même d’une personnalité politique…Cette course effrénée et aveugle vers toujours plus de croissance pour toujours plus de consommation entraîne notre monde vers sa destruction. Aujourd’hui, 86% de la population mondiale vit dans des pays qui demandent plus à la nature que ce que leurs propres écosystèmes peuvent renouveler. Selon les calculs du Global Footprint Network, il faudrait une planète et demie pour produire les ressources écologiques renouvelables nécessaires pour soutenir l’empreinte actuelle de l’humanité. Selon ces mêmes calculs, nous aurons besoin de deux planètes d’ici 2050 si les tendances actuelles persistent.

« L’origine commune, cause et racine de la crise financière et du désastre écologique,
est l’avidité, l’appétit insatiable de l’ego.
Elle a donné naissance à un monstre : le vampire financier. »
Gandhi

 

Naissance d’addictions
Une des caractéristiques de l’avidité est qu’elle crée dans l’homme, mais à son insu, des addictions. L’avidité finit par le rendre « addict ». Regardez dans votre vie. À quoi êtes-vous addict ? De quoi ne pouvez-vous pas vous passer ? On parle d’addictions-quand on ne peut plus se passer d’un pro-duit ou d’un comportement, malgré son effet gravement délétère sur la santé ou la vie relationnelle, familiale, sociale, etc. Toutes sortes d’addictions peuvent exister (l’avidité est pleine d’imagination !) qu’elles soient liées ou non à des substances : tabac, alcool, drogues, médicaments, troubles alimentaires, jeux, sports, cyberaddictions, pratiques sexuelles et même l’addiction au travail. Aujourd’hui émergent de nouveaux comportements addictifs : augmentation de l’alcoolisme chez les jeunes, notamment avec le « bing drinking » (= biture express), mais aussi la banalisation de la cocaïne, les conduites poly-addictives ou les comportements addictifs sans substance, comme l’addiction sexuelle. En France, les addictions aux substances psycho-actives sont à l’origine chaque année d’environ 100 000 morts, dont près de 40 000 cancers. Les conduites addictives interviendraient dans 30% de la mortalité précoce (avant 65 ans).
L’avidité dans le centre physique : les conséquences de l’avidité en nous sont multiples, mais toujours sources de souffrance. Les derviches Hakim enseignent que l’être humain est tripartite, possédant un centre physique, un centre émotionnel et un centre intellectuel… dont il n’est absolument pas le maître. L’être humain est en effet constamment soumis à l’influence de ses désirs ou de ses pulsions. Il fonctionne comme une mécanique, à l’image de l’avidité, trait de caractère inévitablement à transformer pour celui qui cherche à devenir plus libre et serein.
Pour les derviches, toujours, le centre physique de l’être humain est composé d’un centre instinctif, d’un centre du mouvement et d’un centre sexuel. Il s’agit d’observer comment le trait de l’avidité agit en nous à ces différents niveaux.

L’avidité dans le centre instinctif : dans notre société, c’est ce qui nous pousse à l’instinct de propriété, à la convoitise de ce que possèdent les autres, au désir impérieux d’acquérir la dernière machine à café ultra branchée, le dernier téléphone portable ou la plus grosse voiture. C’est là aussi que l’on retrouve l’avidité alimentaire qui génère des troubles graves tels que la boulimie et l’anorexie, trouvant leur véritable source dans des déséquilibres psychologiques nés d’un contexte familial émotionnel difficile.
Quand j’étais petit, ma mère, n’ayant pas les moyens de me faire garder, me posait sur le canapé le matin avant de partir travailler. Pour seul compagnon, elle me glissait entre les mains un grand pain, une sorte de doudou alimentaire. En ren-trant le soir, elle me retrouvait là où elle m’avait laissé, silencieux, tenant serré contre moi le reste du pain que je n’avais pas mangé. Aujourd’hui, il m’arrive encore de manger un pain entier au petit déjeuner, mais ce n’est plus par peur comme lorsque j’étais petit (quoique…), c’est par avidité.
L’avidité dans le centre sexuel : l’abus de sexe. Ceci n’a échappé à personne. La société dans laquelle nous vivons génère en permanence des messages sexualisés : les rues s’habillent de nombreux panneaux publicitaires offrant au regard des modèles dénudés affublés de messages non équivoques. Les magazines et médias, tv et réseaux sociaux véhiculent en permanence des informations teintées de séduction, de connotations sexuelles, allant même jusqu’à encourager les citoyens à séduire toujours plus, à consommer libre-ment l’autre : du site internet de rencontres à celui de mise en relations pour des liaisons extra-conjugales en passant par les sites van-tant et vendant des produits miracles promet-tant jeunesse et performance sexuelle, tout concourt à nourrir notre avidité sexuelle. Certaines études démontrent d’ailleurs que les addictions sexuelles ont augmenté proportionnellement à l’anonymat et au caractère abordable du sexe virtuel à domicile.
L’avidité dans le centre du mouvement : il correspond à un besoin constant d’actions, de mouvements, de paroles et donc à une incapacité à rester tranquille, à se poser.
L’avidité dans le centre émotionnel : l’avidité dans le centre émotionnel nous pousse à rechercher toujours plus de sensations émotionnelles, que ce soit à travers nos relations, mais aussi à travers l’art, la musique, la littérature, le cinéma. C’est aussi ce qui nous pousse à développer nos réseaux « d’amis » sur les réseaux sociaux, à rechercher partout et en permanence des signes de reconnaissance et autres « chaudoudoux ».
L’avidité dans le centre intellectuel : l’avidité intellectuelle se manifeste dans une recherche insatiable de connaissances, de savoir, de culture. Ceux qui connaissent l’ennéagramme savent que celui qui vit dans une énergie de type 5 peut facilement connaître ce type d’avidité. C’est par exemple l’image du savant chercheur vivant et travaillant dans un espace où seuls les livres ont droit de cité !

« Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme,
mais pas assez pour assouvir son avidité ».
Gandhi

Combien d’hommes d’affaires, de managers, chefs d’entreprise, cadres supérieurs, marqués par une forte avidité matérielle, émotionnelle, intellectuelle ai-je vu défiler dans mon cabinet de psychothérapeute ?!! Ils frappent à ma porte épuisés et souvent malades de cette quête vaine, constamment insatisfaite. Le monde économique et politique exerce aussi une pression en ce sens, renforçant leurs propres traits de caractère. Le chemin de com-préhension et de connaissance d’eux-mêmes est souvent long et ardu pour eux. Observer les mécanismes de l’avidité en eux amène de profondes remises en question qui, s’ils les acceptent, finissent par les libérer en leur permettant de prendre leur vie en main.

Qui veux-tu être ?
Rappelons-nous que la base de tout est la connaissance de soi. Pour gérer sa propre avidité, il convient au préalable de l’avoir observée en soi. Qu’est-ce qui la déclenche, la nourrit ? Comment agit-elle en moi, que me fait-elle faire ? Quels comportements me fait-elle adopter ? Quelles émotions et quelles pensées déclenche-t-elle en moi ?
Vivre sereinement ne passe pas par vouloir supprimer l’avidité en soi. Il s’agit au contraire de l’accepter telle qu’elle est, de l’inclure en nous avec bienveillance en cher-chant la bonne intention qui se cache derrière. Car, oui, derrière chaque trait négatif de notre caractère se cache un aspect positif qu’il nous appartient de découvrir et de mettre en action.
Telle est notre liberté : la connaissance de soi permet de choisir qui nous voulons être et ce que nous voulons apporter au monde. Il nous est proposé de développer la conscience que chacun de nos actes, chacune de nos pensées, chacun de nos sentiments influence le milieu dans lequel nous vivons et, telle une solution homéopathique, tous agissent aussi sur l’inconscient collectif de l’humanité. Quel plus beau cadeau pouvons-nous nous faire et faire à tous les autres humains ?

Nicolas Bosniak

2017-09-11T10:51:46+00:00 11 septembre 2017|Article, therapies energetiques|

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